Épilogue

Bonjour à tous, un mois après être rentré en France, voici l’heure du bilan de ce voyage. J’ai divisé ce bilan en 9 points. Ne cherchez pas la logique entre les 9 points, je n’ai pas réussi à en trouver moi-même.

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Ou a été prise cette photo ?

1- N’ayez pas peur de l’espèce humaine,

si vous êtes perdu, n’importe où dans le monde, on vous aidera. Après un an au tour du monde, je reste optimiste sur le futur de l’humanité.

2- La chose la plus précieuse quand on voyage : le passeport

J’ai probablement perdu ou oublié au moins un objet dans chaque pays traversé.
Par contre, perdre mon passeport aurait probablement signifié la fin de mon voyage.
Perdre des objets n’est pas grave en soi, cela permet de tester notre résilience, et notre attachement aux choses matérielles. Vivre un an avec le strict minimum m’a libéré de la place dans mon esprit. Moins de rangement, de temps à chercher les choses, moins de choix pour les habits à mettre … plus de sobriété heureuse. Le mode de vie minimaliste semble me correspondre, jusqu’à vider toutes mes armoires ?

3- Digérer le chemin parcouru, au sens propre et figuré

Est ce que traverser à vélo les États Unis à raison de 100 km par jour en moyenne a été dur physiquement ? En prenant soin de démarrer lentement et de ne jamais forcer sur les jambes, je n’ai jamais eu de réelles courbatures ou fatigue musculaire. Par contre mon système digestif a un peu plus souffert. En effet, 7 ou 8 h de vélo donnent extrêmement faim, et donc beaucoup de travail de digestion. Une bonne préparation de cyclotouriste passe par des lectures concernant la nutrition et un apprentissage de ses capacités.

4 – La seconde fois au même endroit paraît plus facile

J’ai beaucoup apprécié de rester plusieurs jours dans la même ville, plusieurs nuits dans la même auberge de jeunesse, plusieurs semaines au même endroit. Après la découverte de la première fois, la seconde nuit ou le second trajet identique permet d’être plus détendu et de profiter d’autres éléments du trajet, comme si l’on devenait un peu familier. C’est comme revoir quelqu’un avec qui on a fait connaissance.

5- Écrire pour moi et pour les autres

Prendre le temps d’écrire pour raconter son voyage n’est pas une mince affaire. De plus en plus de voyageurs préfèrent poster des photos sur les réseaux sociaux avec quelques commentaires. Je n’ai pas choisi cette option car je voulais raconter une histoire illustrée pour 3 audiences :
– ma famille et mes amis, pour ne pas répéter les récits de mon voyage et échanger de manière plus spécifique
– les personnes rencontrées sur mon chemin, pour leur permettre d’en savoir plus sur mon voyage et de me recontacter facilement
– moi, pour laisser une trace écrite que je pourrais relire dans 20 ans, 50 ans …
Un site fait avec WordPress a l’avantage de ne pas nécessiter d’inscription à un réseau social et d’être accessible même depuis la Chine.
Certains voyageurs écrivent chaque jour, personnellement j’ai souvent laissé décanter mes souvenirs une à deux semaines, pour mieux synthétiser la période vécu et éviter au maximum les répétitions.
Ma préoccupation en écrivant était d’être compréhensible par tous sans étant ennuyant et de rester fidèle à moi-même. J’aurai aimé avoir des retours critiques sur mon style d’écriture pour m’améliorer, mais aucun de mes bienveillants (à l’exception de Niels qui a corrigé mon chinois).
J’ai été un peu mal à l’aise en utilisant la fonction commentaires en bas des articles, car cela consiste souvent en des discussions privées, que je préfère avoir par mail, via le formulaire de la page contact. Néanmoins, j’ai laissé cette fonction possible au cas où ce serait la seul façon pour un lecteur de laisser me faire un retour.

6 – Recevoir est plus difficile que donner

Après avoir été hébergé à travers le monde en grande partie à titre gratuit, j’ai le sentiment d’avoir une dette de générosité envers le monde entier. Cette dette me pèse un peu et j’ai hâte de pouvoir à mon tour aider des voyageurs en France.
J’ai eu la même sensation à la fin du parcours en stop à travers l’Europe, faire appel à la générosité des autres est psychologiquement usant.

7- L’envers du décor

Maintenant que mon voyage est terminé, je peux vous raconter les petits pépins que je ne vous ai pas raconté pour ne pas vous inquiéter.

Suite à une tique attrapée la première semaine, j’ai eu ensuite en Russie un érythème au pied pendant 15 jours, symptôme de la maladie de Lyme.
À Moscou, j’ai fait une crise d’urticaire sur tout le corps, sans savoir exactement pourquoi.
J’ai perdu mon portefeuille dans un taxi pendant la première journée en Chine : une carte bleue , mon permis bateau et pas mal de liquide chinois.
Ensuite, j’ai également perdu ma casquette et mes lunettes de soleil.

8- Le côté financier

J’imagine que c’est un sujet qui peux vous intéresser alors je vais vous donner quelques chiffres approximatifs. Je prévoyais de ne pas dépasser 10 000 € sur l’année.

Voici ci-dessous un tableau par pays des dépenses en nourriture, transports locaux, logement et autres (forfait mobile, visites, matériel vélo, perte d’argent … ). J’ai ensuite calculé une moyenne par jour passé hors des workaway (« wa »), en effet, quand j’étais hébergé et nourris en workaway, donc mon budget était quasiment à 0 sur ces périodes.

Nourriture Transpt
locaux
Logt Autres Total Nb jr Nb jr
hors wa
Moy/jr
hors wa
Allemagne 20 € 10 € 40 € 70 € 4 4 18 €
Pologne 14 € 8 € 13 € 35 € 3 3 12 €
Ukraine 43 € 16 € 16 € 75 € 5 5 15 €
Russie 51 € 9 € 39 € 26 € 125 € 28 8 16 €
Kazakhstan 66 € 23 € 51 € 10 € 150 € 10 10 15 €
Chine 1 138 € 11 € 68 € 130 € 347 € 29 12 29 €
Corée 138 € 25 € 37 € 200 € 21 7 29 €
Japon 180 € 210 € 15 € 405 € 33 18 23 €
Hongkong 111 € 40 € 15 € 166 € 17 3 55 €
Chine 2 77 € 85 € 60 € 222 € 27 7 32 €
Philippines 75 € 40 € 60 € 50 € 225 € 30 7 32 €
Taiwan 80 € 40 € 60 € 220 € 400 € 38 8 50 €
Usa 920 € 200 € 300 € 680 € 2 100 € 90 90 23 €
Sous-totaux 1 913 € 507 € 969 € 1 131 € 4 520 € 335 182 347 €

Le tableau suivant donne le détail des transports « longs » et des dépenses en France faites avant le départ.

Transports longs
Dépenses en France
Train Russie 145 € Visa Chine 126 €
Vol ALA-URC 187 € Visa Russie 96 €
Train Chine 170 € Voucher Russie 16 €
Ferry CH-SK 100 € Vaccins (Rage + fièvre typhoide) 185 €
Bus-Ferry Corée 70 € Assurance Marco Polo 433 €
Ferry Coree-Jap 70 € Inscription Workaway 29 €
Bus-Train Jap 330 € Matériel France 180 €
Vol THD-HK 115 € Sous-total 1 065 €
Vol XMN-MNL 103 €
Vol MNL-TPE 65 €
Vol TPE-HNL 668 €
Vol HNL-SFO 233 €
vol JFK-CDG 170 €
Sous-total 2 426 €

Et pour finir un tableau bilan.

Nourriture 1 913 €
Logement 969 €
Avion 1 541 €
Bus-Train-Ferry 885
Transports locaux 507 €
Dépenses France 1 065 €
Autres 1 131 €
Total 8 011 €

J’espère que ces chiffres aideront les futurs voyageurs à donner des repères, je peux donner des informations spécifiques sur demande.

9- SVP n’allez pas à l’autre bout du monde pour vos vacances

Ce paragraphe est peut-être le plus polémique mais c’est un message très important pour moi. J’en discuterai avec plaisir avec vous. Le transport aérien représente une part croissante des émissions de gaz à effet de serre. De manière schématique, plus on est riche, plus on voyage en avion et plus on pollue, est-ce juste ?
En prenant 7 vols cette année, j’estime avoir brûlé mon crédit carbone pour plusieurs années. Mes prochains voyages seront à proximité.
J’invite chacun à se demander si son pouvoir d’achat supérieur à la moyenne l’autorise à émettre plus de gaz à effet de serre et à consommer plus de ressources. Au moment de choisir vos vacances, demandez vous si vous voulez dépenser votre argent en barils de pétrole …

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Voilà pour le bilan, sinon le retour des États-Unis s’est bien passé.
J’ai quitté Boston sous un ciel bleu, j’ai été accueilli par un super comité d’accueil. J’ai refait un peu de vélo, un peu de bateau, revu des amis et je démarre un nouveau travail d’ingénieur à Quimper toujours dans le secteur des énergies renouvelables.

Ceci marque la fin de mon blog VALP. Lundi, je prends un nouveau départ … kenavo.

Quimper

Quimper

Philadelphie – New York

Salut à tous, c’est la fin de ma traversée américaine à vélo et de mon tour du monde de 11 mois. En effet, je prends l’avion demain pour Paris. Mais avant de rentrer, je vais quand même vous raconter mes derniers 10 jours de Philadelphie à New York City.

Philadelphie – New York, 1 au 3 juin

Comme je vous l’ai raconté dans le dernier article, j’ai beaucoup apprécié Philadelphie pour son architecture, ses pistes cyclables. Je pars donc de bon matin, zigzaguant dans le quadrillage des rues à sens unique avant de longer un fleuve dans le brouillard et de remonter au Nord vers Trenton par de larges boulevards.

DSC_0180.jpg A la sortie de la bibliothèque de Trenton en fin d’après-midi, stupeur, mes sacoches sont par terre et mon vélo a disparu. J’avais pourtant mis un cadenas entre le cadre et la roue arrière. Je découvre rapidement après que le vélo a été mis par terre en bas des marches et que rien ne manque, probablement l’œuvre d’un agent de sécurité.
Je dors le soir chez Matta, une merveilleuse hôte cycliste dans la banlieue de Trenton qui accepte de d’héberger 2 nuits.
Matta est une ancienne chef guide (équivalent des scouts pour les filles) s’occupe d’une association qui organise des activités pour les enfants. Elle se finance, en recevant des dons de vélos, en les faisant réparer à la prison voisine et en les revendant.
Ce soir-là, 3 autres cyclo-touristes allant dans l’autre sens arrivent vers 21h.

Le jour suivant, je profite de mon jour de repos pour visiter l’université de Princeton, à 10 km de là. Cette université fait partie de l’Ivy League, groupe très fermé des plus prestigieuses universités américaines. Le samedi où j’y suis, c’est justement les « reunion », weekend où les anciennes promotions se retrouvent une fois par an et défilent sur le campus. Tout le monde porte des habits oranges customisés aux couleurs de Princeton. L’université existe depuis le 18e siècle et ses bâtiments reflètent cet héritage, un peu comme Oxford en Angleterre. La bibliothèque d’ingénierie est particulièrement bien fournie en revues spécialisées et j’y passe l’après-midi. On peut y voir la maison où Albert Einstein a habité.

 

Je décide de faire le reste du trajet en un seul jour en espérant avoir un trafic plus faible le dimanche. Je pars donc à 6h du matin. Jusqu’à New York, l’urbanisation est presque continue et la route n’est pas super agréable, en particulier sur les derniers ponts autoroutiers pour atteindre Jersey City en face de Manhattan.
Le tunnel sous l’Hudson River n’étant pas accessible aux cyclistes, je pensais prendre un ferry, mais comme je ne vois pas de ferry, je prends un métro qui arrive au coeur de Manhattan, au pied des gratte-ciels. Je traverse le pont Williamsbridge vers le quartier du Queens, après m’être trompé de route. En effet, l’accès à ce pont surélevé démarre 2 km avant la rive !
J’ai ensuite encore 3 bonnes heures de vélo pour relier Hempstead, Long Island, la banlieue de New York oú je suis hébergé par des amis de ma famille.
Après avoir tout donné physiquement, je parviens au but alors que la pluie et la nuit commencent à tomber.
Ainsi s’achève un trajet d’environ 7000 km, parcouru en 69 jours.

Je vais maintenant pouvoir me reposer, visiter New York et me préparer au retour.

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Repos et visite de New York (3 au 11 juin)

Le lundi, je pars me balader à Manhattan sans vélo. Penn station, la 5e avenue, l’Empire State Building, la New York Public Library et son. .., Times Square et ses écrans publicitaires géants, Broadway. Je ne vous mets pas de photos car vous en trouverez de bien meilleurs sur la toile. Je termine ma journée en buvant un coup avec un ancien élèves des Mines de la promo juste avant moi qui travaille dans la startup Datalogue. Très enrichissant d’avoir le point de vue de quelqu’un qui travaille ici.

Le mardi, je visite avec Christine (mon hôte) le musée du « berceau de l’aviation » très fourni en pièces historiques des début de l’aviation jusqu’à la conquête spatiale. En effet, c’est à Long Island, que Charles Lindbergh a fait tous ses essais avant d’effectuer la première traversée de l’Atlantique en solitaire et sans escales en 1927. Nous allons ensuite marcher le long de la plage Jones Beach. Une longue plage qui s’étire à perte de vue.

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Mercredi, j’amène mon vélo dans le train pour Manhattan, afin de me promener en vélo le long de la piste cyclable qui en fait pratiquement le tour.

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Je passe à Wall Street, admire la statut de la Liberté depuis Brooklyn Bridge et salue les écureuils de Central Park (qui ne sont pas tristes car on n’est pas lundi). Enfin, je parviens à vendre mon vélo à un étudiant grâce à une annonce postée sur Craigslist, le bon coin américain. Une bonne chose de faite, adieu cher vélo !

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Les jours suivants, je reste tranquillement à Hempstead, profiter du hamac dans le petit jardin.

Demain, je prends le bus pour Boston le matin, j’aurai ensuite l’après midi pour visiter la ville avant de m’envoler tard le soir pour Paris depuis l’aéroport de Boston.
A très bientôt, cet article n’est peut- être pas le dernier.

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Kentucky – Virginie – DC – Philadelphie

Salut à tous, ma traversée à vélo se poursuit avec la dernière difficulté du parcours : la chaîne des Appalaches, une traversée qui fut particulièrement humide, puis quelques péripéties avec un colis perdu tout en visitant les villes mythiques de DC et Phili, pour les intimes. Ce colis perdu explique la longueur de l’article et la raison pour laquelle vous n’avez pour l’instant pas de photos. Mis à jour le 18 juin avec des photos 🙂

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Kentucky (9 au 16 mai)

Je reprends mon récit à Sebree le 10 mai, ou j’étais hébergé par la paroisse avec 3 autres cyclo-touristes. Ceux-ci m’ont prévenu qu’un pont sur ma route était fermé, ce qui me pousse à passer au Sud du tracé de la TransAm par Springfield et Danville.
Je dors le soir suivant dans une caserne de pompiers à Fordville. Le responsable des volontaires vient m’ouvrir le bâtiment mais je suis ensuite tout seul avec une radio sur le canal des urgences qui fonctionne toute la nuit.

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J’enchaîne ensuite une longue étape avec 2 plus courte et campe dans un parc puis dans un camping. Enfin, le dimanche soir, je campe chez un une hôte Warmshower dans une collacation-ferme de Paint Lick.

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Le matin, la barrière est fermée à clé et c’est un petit exercice d’acrobatie qui me permet de la franchir avec mon vélo charger. Je traverse Berea, puis roule jusqu’au camping de Buckhorn oú je croise à nouveau des néerlandais (nationalité que je croise le plus après les Americains). Ils m’apprennent que l’hostel oú j’avais prévu de rester la nuit suivante à Hindman n’existe plus.
En conséquence, je décide de faire 2 jours en 1 et démarre à 5h30 juste avant le coucher de soleil. C’est une longue étape pleine de dénivelé avec un bel orage vers 17h mais je finis par atteindre Lookout à 19h30 : un gymnase tenu par une église Baptiste qui accueille les cyclo-touristes. Un couple de néerlandais y est déjà installé, encore des Néerlandais.

Virginie et visite DC : 16 au 27 mai

Le lendemain matin, j’entre dans l’état de Virginie en traversant une belle route forestière.

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En milieu de matinée, alors qu’il pleut averses, mon câble de changement de vitesse se casse, ce qui me bloque sur la vitesse la plus difficile. Impossible dans ces conditions d’escalader les nombreuses collines à venir. J’entreprends donc pendant 1h30 de bricoler le câble cassé. Après plusieurs essais loupé. Je demande de l’aide à la fleuriste devant laquelle je me suis abrité. Elle appelle un ami qui arrive à se procurer un câble de frein qui fera l’affaire avec un peu de scotch.
En plus, ce câble m’est offert. Que de générosité. Voilà ma bicyclette tunée au scotch argenté !

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Mon ange-gardien fleuriste et mon vélo tuné

Avec cette réparation, j’arrive à Damascus, un petit village est envahi par des centaines de randonneurs. Il se trouve que j’arrive pile au début du festival Trail Days qui rassemble tous les « hikers » qui effectue ou ont effectué l’Appalachian Trail, rando de 4 à 5 mois qui va de Géorgie au Maine (plus de 3000 km). C’est donc très sympa de rencontrer tous ces courageux et de diner par hasard avec un américain francophone lors d’un repas offert à tous les visiteurs. Cet américain francophone à fait mieux que mois en terme de congé sabbatique. Après 7 mois de boulot chez Apple, il a obtenu un congé sabbatique de 6 mois pour faire la randonnée. Les américains comparent souvent cette rando au pèlerinage de Compostelle.

Le lendemain matin, la météo s’annonce pluvieuse. Je suis prêt dès le lever de soleil vers 6h pour exploiter la moindre éclaircie. La première vers 7h ne dure que quelques minutes et je me retrouve à rouler une grosse partie de la journée sous une pluie battante.

Le soir, j’arrive à Whyteville ou je dors sous un préau au milieu du parc municipal après avoir étalé toutes mes affaires humides ou trempées sur les tables de pique-nique.

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Au milieu de la nuit, je suis réveillé par un raton laveur ( « racoon » ) qui déchiquete mon sac de pain de mie. Mes cris ne le font pas fuir et je suis obligé de me lever pour sécuriser ma nourriture. Le lendemain matin, une tortue vient tranquillement récupérer les miettes dispersées. Beau travail d’équipe !

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Aujourd’hui, c’est remise à niveau de mon vélo dans le magasin de Pulaski, 2 mécanos très compétents m’aide à changer ma chaîne distendue et à graisser les roulement de ma roue arrière. Mon vélo est presque remis à neuf et prêt à être posté sur Craiglist, Leboncoin américain pour être revendu à New-York.
Je suis ensuite hébergé à 1 h de là à Draper, chez un couple de retraités qui s’est mis à la vigne sur leurs collines ensoleillées.

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Au premier plan, maison dans laquelle je suis hébergé à Draper

Après un départ vers 10h moins matinal qu’à mon habitude, je roule jusqu’à 20h pour atteindre le parc de Troutville. Sur le côté de la route, un beau tracteur …

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En effet, la météo s’annonce pluvieuse le lendemain et je souhaite avancer au maximum sans pluie, et réduire l’étape du lendemain.

En remballant mes affaires le matin, je ne trouve pas le sac en plastique avec ma tablette, mes chargeurs, batterie portable et carnet de notes. Je finis par en déduire qu’il a du tomber de mon vélo la veille. Je demande donc au groupe de cyclotouristes allant dans l’autre sens de bien ouvrir l’œil. Toute la matinée, je philosophe sur la perte de ces biens matériels et sur ma résilience face à des situations comme celle là.
Étant résigné, je m’arrête dans une bibliothèque pour organiser mes données et en faire une nouvelle sauvegarde en ligne.
Je continue ensuite ma courte journée de vélo jusqu’à Natural Bridge oú une famille m’héberge dans une belle maison avec piscine, que je teste avec plaisir.

La météo était un peu pessimiste et l’orage n’éclate pas avant 19h, à une heure où je suis bien au sec. Je dine avec la famille de 2 enfants.

Le lendemain, l’itinéraire me fait passer par une route scénique qui suit la crête d’une partie des Appalaches sur plusieurs centaines de km: la Blueridge Parkway.

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Pour y accéder, il me faut grimper une côte très raide mais en haut, le vue est magnifique. Je pique-nique en compagnie de 2 randonneurs qui
font l’Appalachian Trail pendant 5 mois. Leurs surnoms pour la rando sont Wiley et Navster.

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Sur la suite de la crête, j’assiste à un orage en face et le voit se rapprocher progressivement. Je m’abrite pour le laisser passer puis entame une grande descente vers
Afton et la Cookie Lady house. Celle qui est surnommée la Cookie Lady a hébergé plus de 10 000 cyclotouristes depuis 1976 et le début de la Transam. Elle est décédée en 2012 mais sa fille habite au dessus du rez de chaussée ou sont accueilli les cyclistes. Je suis tout seul ce soir-là pour profiter des cookies laissés dans le congélateur.

En repartant le lendemain, je reçois un mail, comme quoi un cyclotouriste a trouvé mon sac perdu et avec les coordonnées de mon carnet a pu me contacter. Tout heureux, je lui demande d’envoyer le paquet au bureau de poste de Baltimore où je prévois de passer dans une semaine.

L’étape du jour n’étant pas trop longue, j’ai le temps de passer à la bibliothèque de Charlottesville, avant de dormir chez un dentiste avec une belle douche extérieur et un sous-sol aménagé pour héberger des cyclistes.

Le jour suivant, une centaine de km m’emmenent de Charlotteville à Fredericksburg chez Dane et sa femme.
C’est la première fois qu’ils accueillent un invité avec Warmshower et je suis reçu comme un prince avec une salade aux St Jacques pour le dîner suivi d’un cheesecake et d’une glace dans le centre-ville de Fredericksburg.

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Alors que j’approche de la mégalopole BosWash (Boston – Washington), l’augmentation du trafic se fait sentir et avec les collines et les rivières, il m’est difficile d’éviter les grosses routes bruyantes. Je longe la base des Marines de Quantico et atteins finalement Alexandria où je suis hébergé par un alumni des Mines de Nantes diplômé en 2001. C’est un plaisir de discuter avec cette famille française installée aux US et avec les grands parents navigateurs qui sont là également.

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Alexandria étant dans la banlieue sud de DC, la journée qui suit est rapide jusqu’à Arlington où je dors 2 nuits chez Kelly, la nièce d’hôtes Warmshowers précédents. Ce second jour de repos me permet d’aller visiter la capitale sans tous mes sacs. De bon matin ce dimanche, je parcours à vélo le Mall, cette grande avenue reliant le Capitole, l’obélisque et la maison blanche. Beaucoup de musées s’offrent à moi et je choisis de me concentrer sur celui d’histoire naturelle, et en particulier sur la partie géologie pour mieux comprendre la formation des magnifiques reliefs que j’ai pu observés. Le lundi qui suit est férié en tant que Memorial’s Day, c’est donc un pont et il y a foule dans les rues pour venir assister à la parade des Vétérans qui défilent sur leurs grosses motos. Ils sont probablement plusieurs dizaines de milliers.

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De DC à Philadelphie, Pennsylvanie : 28 au 31 mai

Le lundi, je roule jusqu’à Baltimore où Maxwell (WS) n’héberge dans sa colloc. Le lendemain, alors que je souhaite récupérer mon colis perdu au bureau de poste de Baltimore, la dame au guichet me dit qu’ils ne réceptionnent pas de colis à cette adresse et qu’elle ne sait pas ou va finir le colis. Après 1h30 de répondeur, j’arrive à joindre le service client d’USPS (US Post Service) qui me dit que si l’adresse n’est pas valide, le colis sera renvoyé à son expéditeur. A ce stade, je ne sais pas ou habite le cyclotouriste qui a posté. Le soir, alors que je suis parvenu à Bel-air, il m’est notifié, que le colis a été livré. A qui je ne sais pas, et le numéro de la poste sonne occupé, affaire à suivre.
Malgré tout, je passe une très bonne soirée invité dans un restaurant mexicain par mes hôtes WS Jeff et Kathy, un couple d’une soixantaine d’année avec un chien calme mais gourmand avec mon pain de mie.

Un trajet plutôt agréable me mène à Philadelphie, à travers la réserve naturelle de Heinz et de belles pistes cyclables. L’architecture des bâtiments est remarquable entre grattes-ciels et massif immeubles du début 20e. La « Free library » et l’hôtel de ville avec sa cour piétonne intérieure me plaisent particulièrement.

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Je suis hébergé en plein centre ville par un jeune couple de végan très sympathique.

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C’est d’ici que je vous poste ces lignes. Presque New York, J-11 avant la France. Le retour se rapproche … A bientôt

Kansas – Missouri – Illinois

Cette fois-ci, j’ai décidé de vous épargner le récit jour par jour. Si vous voulez voir où j’ai dormis chaque soir, vous pouvez consulter ma carte. Cet article raconte donc mes aventures du 26 avril au 9 mai, de Great Bend (Kansas) à Sebree (Kentucky). Vous y croiserez un bac, une tortue, et de jolies collines. Bonne lecture !

Kansas : jusqu’au 6 mai

Après avoir quitté Great Bend et son sympathique marchand vélo, je pars pour 2 jours plutôt tranquille avec le vent de dos, cela me laisse un peu de temps dans les bibliothèques de Lyons et de Newton.
Je campe à Sterling le premier soir et suis hébergé chez des hôtes Warmshowers le second soir à Newton en même temps que 3 autres cyclistes : un père, son fils et un cyclo solitaire s’entraînant pour la course TransAm au mois de juin. À la retraite, à fait plus de 300 km ce jour-là, c’est la troisième fois qu’il loge chez nos hôtes. Ceux – ci nous servent un délicieux diner de viande et légumes au four. Puis nous allons visiter le collège (université) oú ils se sont rencontrés.

Le cyclo se préparant pour la course TransAm

Le lendemain, après un copieux petit déjeuner illimité pris à l’extérieur, je repars vers le sud-ouest. Je quitte un peu le tracé de la TransAm pour aller plus au Sud tant que le vent est à l’Est et éviter d’avoir de face un fort vent de Sud les jours suivants.
En fin de journée, je dîne au saloon de Latham avec des locaux qui font leur promenade du dimanche en Jeep. Ces locaux sont si généreux qu’ils m’invitent pour le dîner. Je vais ensuite camper au bord d’un autre lac de pêche.

Le lendemain, dimanche, encore une bonne journée de vélo jusqu’à avec pas mal de vent de face.
En plus, depuis 2 jours, je traverse de plus en plus de collines, ce qui ralentit un peu ma progression.

Heureusement, je dors le soir chez de super hôtes Warmshowers : un jeune couple qui vient d’emménager dans une maison avec un grand terrain qu’ils vont transformer en superbe lieu de permaculture.

Le jour suivant, dernière étape du Kansas jusqu’à Pittsburg où je suis hebergé par la responsable du club français de l’Université. En effet, Bruce l’hôte Warmshowers que j’ai contacté doutait de ma capacité à parler anglais et donc a contacté le club français.
Bruce vint à ma rencontre pour les 10 derniers miles et nous invite au resto le soir pour de fameuses « chicken noodles », je suis le seul à terminer les autres faisant leur doggy bag.

Missouri (1er au 6 mai)

De bon matin, je passe la frontière du Kansas au Missouri et roule dans un paysage de collines. Vers 16h, j’ai soudain une violente douleur à l’estomac qui m’oblige à m’arrêter, à camper au bord de la route. La douleur mettra plus de 24h à disparaitre, peut être une indigestion.
Malgré cette gêne au ventre, je parviens à atteindre la demeure de Jay et de sa femme près de Fair Grove, située au fond des bois. Pour me guider, Jay a eu l’attention de me dédier un panneau d’accueil.

Un gros orage passe pendant la nuit, mais il pleut toujours au matin et j’en profite pour observer Jay travaillant dans son atelier de forge décorative.

À la faveur d’une éclaircie, je prends la route vers 11h, mais c’est bientôt une pluie drue qui s’abat sur moi pendant plus de 2h. Je suis complètement trempé et découvre les limites d’étanchéité de mes sacs et sacoches, humides même à l’intérieur. Après une bonne pause au sec dans un restaurant que j’inonde un peu, la pluie s’arrête enfin et je roule jusqu’à la tombée de la nuit. Après la pluie les tortues sont de sortie sur la route. Malheureusement, certaines n’ont pas appris à regarder avant de traverser. Celle-ci est encore en vie.

Les jours suivants, je traverse les Ozarks, une chaine de collines particulièrement raide, d’après les cyclo-touristes qui l’ont traversée. Il me faut régulièrement pousser mon vélo pendant les côtes. Je fait 3 bonnes journées de vélo et dors dans des hostels sans personnel mis à disposition par les mairies de Ellington et Farmington.

Hostel de Farmington

Finalement, je traverse le Mississippi et parviens à Chester la ville de Popeye.

Illinois (6 au 9 mai)

Je roule le long des barges de charbon ammarées, pour aller dormir au fond de la forêt de Sawnee, tout seul au bord d’un paisible lac. Je sèche ma tente avec les rayons de soleil matinaux.

A Carbondale, je suis hébergé par Jack un retraité, amateur de magazines (The Economist, The Atlantic, Bloomberg). Je partage mes photos et échange avec lui sur sa vie.

Les 2 jours suivants, je croise plusieurs cyclo-touristes effectuant la TransAm dans l’autre sens (Virginie vers Oregon). En effet, les conditions météo commencent à être plus favorables (il neigeait mi-avril dans les Appalaches).
Je m’arrête pour discuter avec certains d’entre eux pour échanger des conseils. Parmi eux, Susan, la cinquantaine une franco-anglaise, qui est allée du Loiret jusqu’à la mer Noire l’été dernier et Richard, un professeur d’anglais, la soixantaine, tout 2 très sympathiques.

Après avoir passé la nuit dans un camping gratuit au bord de l’Ohio River, j’ai pris le bac ce matin pour traverser à Cave In Rock et passer dans l’Etat du Kentucky.

Le soir, je dors au Sebree First Baptist Cyclist Hostel, un espace aménagé par le pasteur pour hébergé les cyclo-touristes. C’est d’ici que je vous envoie cet article.

J-33 avant mon retour en France le 12 juin. Un mois sans me presser pour profiter de cette liberté de voyageur solitaire. À bientôt !

Colorado – Kansas, la fin des Rocheuses

Bonjour à tous, quelques nouvelles de ma traversée américaine, j’ai maintenant atteint la moitié du chemin et passé les 2000 km de Montagnes Rocheuses. Je vous laisse découvrir mes dernières étapes jour par jour, faites de rencontre sympathiques, de neige et de boue.

14 avril : Dove Creek – Norwood

Mon histoire reprend depuis Dove Creek, Colorado, d’où est tirée la première image.
Comme le jour précédent, mon ami coréen Hyang et moi, devons faire face à un vent de face puissant toute la matinée. À la faveur d’un virage, le vent devient portant l’après-midi. Malgré tout la route est longue et mon ami coréen est moins en forme que le jour précédent.
Du paysage dépasse des pics enneigés.

Nous arrivons péniblement au coucher de soleil à Norwood pour partager une bonne grosse pizza avant de chercher un motel car il va geler la nuit et cela revient moins cher de partager une chambre de motel.

15 avril : Norwood – Montrose

Pour cette journée, 2 options d’itinéraires : par la route 100 km ou 70 km par une piste forestière. Après concertation, nous choisissons la seconde option qui commence par une grande montée oú il nous faut pousser le vélo pendant une heure.

Sur le chemin, je croise une famille qui tient à me montrer la grotte avec gravures qu’ils ont découvert.
Nous arrivons le soir chez Nicole, notre hôte Warmshower. Nous dinons par terre d’un couscous car elle n’a pas encore de meubles.

16 avril : Montrose – Gunnison

2 cols et la remontée d’une vallée pour cette journée. Hyang ne se sent pas bien aujourd’hui et fait du stop tandis que je retrouve Quin, un cycliste américain croisé à Dove Creek.

Nous campons le soir à Gunnison sur un terrain de Motocross. Nous dinons nouilles coréennes et riz. Coucher de soleil et lever de soleil sur les montagnes.

17 Avril : Gunnison – Salida

C’est le point culminant de mon aventure américaine, le Monarch Pass, 11500 ft, 3500 m d’altitude.
Heureusement, le vent souffle dans le bon sens. Après un déjeuner à Sergents dans une auberge au pied du col, l’ascension zigzaguante dans les montagnes démarre avec de plus en plus de neige sur les côtés et de plus en plus de vent qui entraîne parfois vers les bas côtés abruptes.

Presque gelés mais le col est vaincu avant de serrer les dents pour passer la fraîcheur de la descente.

Nous arrivons chez nos hôtes Warmshowers, une famille de cyclotouristes de Salida qui voyagera en France et Espagne cet été. L’occasion de les conseiller sur les visites à faire à Paris.

18 Avril : Salida – Westcliffe

Hyang et Queen continuant au Nord vers Denver, je pars à nouveau seul pour Westcliffe, le long de la vallée de l’Arkansas. Comme l’étape n’est pas trop longue, j’ai le temps de faire une bonne pause de midi interrompue par un agent du Shérif bienveillant. Pour rejoindre mon hôte WS du soir, je sous-estime un peu le temps nécessaire pour couvrir les 8 km de pistes qui quittent la route principale. J’arrive néanmoins sur une magnifique bâtisse appartenant à des retraités de la côte Est. Que de luxe, je n’en attendais pas tant.

19 – 20 Avril : Westcliffe – Pueblo

Dernier jour dans les montagnes Rocheuses, dernier col et une longue descente pour rejoindre Pueblo, dans la plaine. Pueblo, CO, 120 000 habitants est la plus grosse ville que je traverse depuis Sacramento. Craig, mon hôte Warmshower, accepte que j’y reste m’y reposer un jour, le temps de passer un peu de temps dans la bibliothèque élue meilleure des US en 2017. Nous discutons de son vécu en Europe, de la légalisation du Cannabis au Colorado et partageons de très bons repas.

21 Avril : Pueblo – Ordway

Sous un léger crachin, je repars plein d’énergie le long de la Highway 96 que je vais suivre sur plusieurs jours. J’arrive en milieu d’après-midi chez Gillian à Ordway. Cette néo-zélandaise a accueilli l’an dernier 180 cyclo-touristes, elle y a dédié un vieux camping – car et elle demande un service de minimum 15 minutes pour aider à la ferme. Je ramasse donc des branchages secs qui volent dans les clôtures. Tous l’Ouest des États-Unis connait une importante sécheresse et des incendies bloquent la route entre Pueblo et Ordway 3 jours avant que j’y passe.

Gillian me mitraille tandis que je huile ma chaîne.

22 avril : Ordway – Sheridan Lake

Une journée sans rien de spécial si ce n’est une longue sieste qui me fait arriver à la tombée de la nuit.
Alors que je m’apprête à camper dans le parc public, le voisin me propose de dormir dans l’église voisine chauffée qui accueille régulièrement des touristes l’été. Il n’apporte également un morceau de viande et des pommes de terres qu’il vient de cuire au Barbecue, Thanks Cole.

24 avril : Sheridan Lake – Scott City

Pendant cette journée : Passage au Kansas, changement d’heure (maintenant UTC – 5), vent de trois quarts de face et rdv à l’aéroport municipal de Scott City. Mon hôte WS y travaille et habite juste en face. Il a un rituel sympa et original pour ses invités, il leur demande d’écrire une histoire dans son carnet. L’occasion pour moi de faire un peu de faire un peu de futurologie sur l’an 3000. Avec ce passionné de baseball, nous regardons ensuite le début d’un film sur la première ligue féminine americaine de baseball.

23 avril : Scott City – Ness City

En roulant bien le matin, j’arrive en début d’après-midi à la jolie petite bibliothèque de Ness City avant d’aller camper le soir au bord de Goodman fishing lake à 12 km de là.

24 avril : Ness City – Great Bend

Cette nuit-là, il a un peu plus, et les 12 km de pistes boueuses vont me prendre près de 2 h pour rejoindre une route goudronnée. Plusieurs fois je dois m’arrêter pour enlever les mottes de terre qui s’accumulent.

Je récupère ensuite des cartes envoyé au pittoresque bureau de poste d’Alexander, 69 habitants, ouvert 2 h par jour. Pas intérêt à être en retard.

Le soir, je suis hébergé par un marchand de vélo WS qui a 2 enfants de 6 et 9 ans avec qui je joue aux cartes (à leur jeu Goldfish que je ne connaissais pas).

C’est tout pour le moment, à la prochaine !

Utah, Colorado et le vent

How are you doing ? C’est comme ça que les Américains se disent bonjour. Essayez de le dire en une syllabe et vous avez la prononciation exacte. Sinon, pour moi ça roule, la dernière semaine a été plutôt intense en miles et en paysages. Vous pouvez consulter la carte de mes étapes que je viens d’actualiser. This is Utah.

7 – 10 avril : Cedar City – Hanksville

Le samedi 7 avril, pendant que je postais mon dernier article depuis la bibliothèque de Cedar City, j’étais si concentré que je n’entendis pas l’averse qui mouilla mon vélo et mes affaires sur le dessus pas spécialement préparée (première pluie de mon trajet).

En sortant, je retourne donc mon sac Ikea pour passer en mode pluie, cela marche pas trop mal. Je roule quelques miles sous la pluie et stoppe à un restaurant pour dîner en espérant que la pluie s’arrête. C’est bien le cas, et je vais ainsi poser ma tente un peu plus loin de l’autre côté du ruisseau.

Le lendemain, une montée de 4000 ft (1200m) démarre. La pente est parfois raide et je prends le temps d’admirer la vue en poussant mon vélo.

Je passe le sommet enneigé vers 13h et surplombe ensuite un lac glacé, avant de cuire mon riz au gingembre sur mon petit réchaud comme pique-nique.

Le tronçon de mon itinéraire passant par Brian Head étant de fermé pour cause de neige, je m’engage sur des routes de traverses (parfois non goudronnées) pour redescendre de l’autre côté sur Bryce canyon, avec ses arches et roches découpées.

Je campe à proximité de la piste cyclable de 25 km présente à cet endroit.

Le lendemain, 9 avril, je reprends ma route entre les canyons et à travers les parcs naturels jusqu’à Escalante. Je ne vous submerge pas de photos de canyons, vous en trouverez de bien plus belles sur internet.

Le soir, je campe le long de la route Highway 12, sur une sorte de crête avec vue des 2 côtés. 1

Le matinée commence de manière sportive avec la route zigzaguant le long des falaises jusqu’à Boulder, un des derniers villages des US à être relié par la route.

Le soir, au moment où je commence vraiment à me demander où je vais dormir, je tombe sur une « recreation area », sorte de zone public avec des collines pour moto- cross. Le lieu est désert et un panneau indique que le camping dispersé est légal et gratuit. Que demande le peuple.

11 avril : Hanksville- Hite
Après cette nuit paisible entre les buttes de moto-cross, je reprends la route un peu avant 8h.
Après une pause, je crois avoir perdu mes lunettes, fait demi-tour sur 200 m. Mystère où sont elles passées ? Finalement, je les sens pendues à mon cou.
2 h plus tard rebelote avec mon buff (sorte de foulard) que j’avais pourtant autour du coup.
Après une bonne heure de route, je prends un 2e breakfast royal avec 3 « massive » pancakes, massives au niveau de l’épaisseur bien entendu. Je croise 2 motocyclistes père et fils qui vont du Mexique au Canada.

Puis vers 10h30, c’est reparti vers le sud à travers le paysage rouge brique fait de canyon. 50 miles (80 km) jusqu’au prochain point de ravitaillement, avec une grande partie de descente. Vu le vent annoncé le lendemain, je compte arriver à cet endroit nommé Hite en début d’après midi, pour prendre un peu d’avance sur l’étape de 70 miles qui suit.
Mais … le vent en a décidé autrement. Toute la journée, il souffle sur les plaines et à travers les canyons, souvent de face, parfois de côté, très rarement de dos. Sec, chaud, tourbillonnant, imprévisible, il m’oblige parfois à passer la plus petite vitesse en descente, et à pousser mon vélo sur le plat ou en montée, ce qui laisse aux vaches le temps de traverser la route.

Après avoir traversé le Colorado et contemplé les roches sculptées par le vent du Glenn Canyon. Je finis par arriver au camping Hite vers 17h30. Il me faut pour cela descendre 200m de dénivelé, que je devrais remonter après. En effet, le camping se situe au niveau du Colorado.

Moi qui comptait prendre un bon dîner, dans le restaurant indiqué sur la carte, celui-ci est fermé et en travaux comme la supérette. Je puise donc dans mes dernières provisions suivi par une micro-douche avec 3 L d’eau et une sieste de 3h. En effet, pour ne pas prendre le risque d’avoir à nouveau de face, j’ai décidé de rouler les 110 km suivants de nuit sur cette route quasi-déserte et escarpée qui rejoint Blanding.

Nuit du 11 au 12 avril : Hite – Blanding

Vers 20h, le vent s’est calmé dans la vallée, et je commence à rouler tranquillement en T-shirt. Vers 22h, je vois ma stratégie s’effondrer avec le vent de face qui revient, en plus du dénivelé. Mais à ce stade, il me faut persévérer et c’est un exercice mental qui s’engage tout seul sur cette route déserte. La nuit est sans lune et les étoiles disparaissent progressivement cachées par des nuages. La température chute lentement tandis que je grimpe en altitude. Vers 2h du matin, je suis presque à la moitié de mon étape jusqu’à Blanding, et je m’arrête pour cuire des pâtes et faire un vrai repas au milieu de ce repas. Des fourmis géantes, araignées et papillons de nuits veulent d’inviter à ce festin, mais je les refuse poliment.

De retour sur mon vélo, à la faveur d’un léger virage ou juste d’un peu de chance, le léger vent m’est maintenant favorable. Il me permet de terminer l’ascension vers 4h30.

S’ensuit une descente continue de 20 km avec entre 5 et 10 % de pente. À cette vitesse, je dois mettre mes lunettes de soleil pour ne pas fatiguer mes yeux mais la puissance de ma lampe frontale me permet toujours de voir quelques dizaines devant la route bien balisée. Cela reste une sensation étrange de descendre pendant une trentaine de minutes, un peu glacé par le vent apparent et l’inaction, sans voir les paysages sûrement magnifiques aux alentours. Un peu après la fin de la descente, je décide de poser mon sac de couchage un peu pas loin de la route pour me reposer un peu et attendre le lever de soleil. Je dors donc un peu moins de 2 h pour ensuite repartir vers 7h30 réveillé par le soleil.

Et la partie de plaisir ne s’arrête pas là, les montées et descentes escarpées s’enchaînent encore sur une quarantaine de km, mais l’arrivée à Blanding se rapproche inexorablement. J’y arrive vers 10h30, fait des courses pour me rassasié et me paye un motel pour la seconde fois de mon trajet. En effet la meteo annonce plus 60 km/h de vent et -5°C la nuit suivante.

Pour le lendemain, j’ai contacté un hôte Warmshower à Dove Creek qui m’informe qu’un cyclo-touriste coréen doit également arriver à Blanding. Il me donne son numéro, et ainsi nous nous retrouvons, dinons ensemble buritos et partageons la chambre de motel.

Hyung, 22 ans, vient de terminer son service militaire et continuera l’année prochaine ses études de chimie. Il roule de Los Angeles à Boston en passant par Chicago et le Canada. Nous allons probablement rouler 4-5 jours ensemble jusqu’à Poncha Springs.

Vendredi 13 avril, Blanding – Dove Creek

L’étape du jour se divise en 2 parties de 35 km, séparées par la ville de Monticello.

La première partie est globalement 3/4 face au vent et la seconde 3/4 vent arrière, c’est à dire respectivement près serré et largue pour les voileux. Autre détail, le vent vient du nord et glace les mains, le visage, malgré gants et foulards. C’est la première journée ou je garde toutes mes épaisseurs toute la journée.

À Monticello, une pizza 28 pouces faite maison nous attends pour recharger les batteries.

L’après-midi, c’est le passage de l’Utah au Colorado qui marque la fin du désert. Un peu de céréales pousse déjà sur le côté. Nous sommes accueillis merveilleusement par Gregg, le pasteur de Dove Creek en même temps qu’un autre cyclo-touriste américain de 19 ans. Une bonne soirée à partager nos expériences.

C’est là que je m’arrête. Dans 2 mois, je serais à nouveau en France, comme le temps passe. Bon weekend à tous 😉

Nevada-Utah

Après une confortable nuit sur le canapé de Daniel dans la station de ski de Kirkwood, je pars à 7h45 pour la fin de l’ascension du Carson Pass à 2600 m.

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L’eau a gelé sur les bords de la route, entourée de murs de neige. Le paysage tout blanc est magnifique.

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Arrivé en haut, démarre une longue descente de 1000 m de dénivelé sur une large route qui permet d’accélérer sans difficulté. Je n’ai pas installé de compteur donc je ne sais pas à quelle vitesse je vais, mais les sensations sont réelles.

Ne pas installer de compteur est un choix réel, car j’ai le mien de France dans mes sacoches, mais je préfères me fier à mes sensations et faire mes estimations avec mon cerveau. Ainsi je ne risque pas d’être distrait à regarder mon compteur lors d’une descente ou de pousser un peu trop fort pour tenir une moyenne que je me serai fixée.
C’est aussi un peu en réaction au nombre de capteurs qui inondent nos vies. Pour prévoir mon trajet, j’utilise les cartes Adventure Cycling Association et cela me suffit.

En bas de la descente de 30 km, il fait bien plus doux et je peux enlever quelques épaisseurs. Je passe par Genoa, ville fondée par les Mormons et attends vers 13h Carson City, où je suis hébergé par John, un ami de Daniel.

John, la cinquantaine, travaille de nuit 6 jours sur 7 à la Gigafactory 1 de Tesla située à 1h15 en voiture. Ses shifts font 12h, cela lui fait donc 72h/semaine + 15h de transport. Mais il trouve quand même le temps de venir à ma rencontre à vélo lors de mon arrivée et de me raccompagner, toujours à vélo le matin jusqu’à la Highway 50.

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Je n’ai maintenant plus qu’à suivre la Highway 50 sur 400 miles – 650 km, et je serai presque à la frontière avec l’Utah.

Je roule sur un faux plat descendant avec le vent dans le dos, pour atteindre Fallon vers 15h, où Brad, hôte Warmshower, m’accueille avec sa femme. Brad était taxidermiste (empaillage d’animaux) et sa maison est bien décorée en conséquence. Je me fais offrir un dîner magnifique et passe la nuit dans leur camping car.

Ici dans le Nevada, je croise beaucoup de camping-cars dont certains ressemblent à de véritables camions. Ceux là, prennent en remorque leur voiture, de la même manière que nous mettrions en Europe les vélos à l’arrière de la voiture. Démesure de l’Amérique.

À partir de Fallon, les hameaux s’espacent de plus en plus. Il y a souvent de 50 à 100 km entre deux villages.

Après une matinée de vélo, j’arrive vers midi au « saloon » de Middlegate. Des billets de dollars sont dédicacés et accrochés au plafond. Ce doit être une sorte de mode car je l’ai vu à nouveau par la suite.
Un couple de californiens insiste pour me payer mon repas, du fait que c’est mon anniversaire le lendemain, et déjà à cette heure sur l’île de Guam où leur fille vit.

L’après midi, le vent continue à souffler le dos, et comme je ne sais pas dans quelle direction il soufflera demain, je décide de rouler plus loin que prévu jusqu’à 18h (1h avant la nuit). Je plante ma tente près d’une ruine de relai Pony Express. Pour l’histoire, Pony Express est le projet éphémère de transmettre des courriers de St Louis jusqu’en Californie en moins de 10 jours (temps divisé par 2). Ce projet disrupteur à l’époque sera stoppé au bout de 2 ans à cause de l’apparition du télégraphe.
Le matin du 3 avril, je me réveille tout seul vers 6h, il y a du givre sur ma tente. Je ne sais pas quelle température il fait mais toute l’eau dans mes gourdes est gelée. Je commence à rouler emmitouflé, un troupeau de vaches galope avec moi de l’autre côté de la barrière sur plusieurs km, c’est magnifique à voir mais je les sème dans la descente.

Au bout d’un moment j’ai trop soif et impossible de boire une goutte. De plus ma gourde métallique, que j’aurai pu chauffer directement sur mon réchaud à gaz est vide. Je démarre donc une lente et délicate opération de décongélation de l’eau dans mes gourdes avec le réchaud, faite de transvasements, de bains-marie afin de ne pas brûler le plastique.
Je tente aussi une méthode pour réchauffer mes gants, en les fourrant des 2 côtés de ma gourde métallique. Malheureusement, ma gourde s’ouvre et l’intérieur de mon gant droit est complètement trempé. Comme c’est de l’eau chaude, cela va sur 5 km mais ensuite je dois enlevé ce gant mouillé et mettre ma main dans ma poche.

J’arrive à 10h à l’auberge d’Austin, je commande un sandwich BLT (Bacon Lettuce Tomatoes) et la bien aimable patronne sèche mon gant dans son sèche linge. Aucun réseau, je me dis que je répondrai à mes messages plus tard. Je repars dans la côte d’Austin et 500m plus tard, je vérifie par acquis de conscience mon téléphone et là 4G. Quelques messages WhatsApp et c’est reparti pour une route en lacets, magnifique tout autant qu’épuisante.

À ce stade, je calcule qu’il me sera très dur d’atteindre la ville suivante Eureka avant la nuit et que je devrais sûrement camper une vingtaine de miles avant. Finalement ça roule bien, toujours un vent de dos et je parviens au bout de mes forces à Eureka, où je prends une chambre dans un motel, luxe de mes 26 ans. Au final j’ai fait en 2 jours la distance que je prévoyais pour 3. Après une semaine de vélo, mes jambes semblent tenir plutôt bien.

Le lendemain, je poursuis l’alternance chaîne de montagne, vallée avec 4 cols dans la journée (entre 300 et 600 m de dénivelé à chaque fois). Cela ressemble de plus en plus à une étape de montagne du Tour de France, sauf que je suis seul vélo sur la route et que j’ai quelques kilos en plus sur mon vélo. J’arrive à Ely vers 16h où je mange dans un restaurant chinois (la cuisine asiatique manque à mon système digestif), je refais des provisions et je pars dormir dans un camping KOA (chaine de camping). Pour une tente 20 $, ce n’est pas donné, mais l’herbe est très confortable et sèche le lendemain au réveil, ce qui me permet de ne pas embarquer d’humidité avec ma tente.
Ce matin, 2 cols dont le Sacramento Pass, un peu plus raide que les autres.

Cependant, les descentes sont magiques. Imaginez une quinzaine de minutes sans coup de frein et presque sans pédaler à descendre sur de larges courbes sur une route bien lisse et déserte à une moyenne de 50 km/h (estimation).

Dans les vallées, parfois des milliers de bovins noir broutent les buissons tandis que certains ne survivent pas et laissent un authentique décor de Western.

Et soudain, en haut d’un col, je croise les premières cyclo-touristes de mon parcours. Ces 2 américaines sont parties de Floride fin-janvier et vont jusqu’à San Francisco. Elles sont un peu plus chargées que moi mais elles ont l’air de carburer. Je sais aussi qu’un Suisse fait le même parcours que moi avec 5 jours d’avance sur un vélo allongé. Même si c’est une rencontre de 10 minutes, je me sens moins seul sur la route.

Après 650 km sur la Highway 50, c’est le moment pour moi de bifurquer pour rejoindre le village de Baker et quelques plus tard de passer du Nevada à l’Utah en avançant d’une heure ma montre.

Lorsque vers 14h, j’atteins ce village de Baker, c’est presque un village fantôme. Aucun des 3 restaurants n’est ouvert, la bibliothèque est fermée. Heureusement, je trouve quelqu’un pour me remplir mes gourdes.

Trois chevaux galopent avec moi, cependant quand je m’arrête pour les filmer, ils s’arrêtent également, rendant une prise de vue à contre-jour et sans zoom, inutile.
Je m’installe pour la nuit au bord de la route, encore plus solitaire que la Highway 50, (the loneliest road of America).

Le lendemain soir, je dors à Minersville, chez Renee, une sympathique Mormon vivant dans un maison blanche avec pas mal d’animaux domestiques : 3 chats, une tortue, un gros lézard et une belle tarentule.

Ce matin, le vent de face m’a épuisé sur les 40 miles jusqu’à Cedar City qui m’ont pris plus de 5h. Heureusement à l’arrivée, une quiche lorraine faite par des français et une belle bibliothèque depuis laquelle je vous envoie ce message.

Demain, cela va bien monter à nouveau (col à 3200 m), mais la vue s’annonce magnifique. Je fais juste le vœux d’avoir le vent dans le dos. Kenavo !

Taiwan, Hawaii, Californie

Me voilà de retour pour un nouvel épisode. Je le reconnais, cela fait maintenant un bon moment que je ne vous ai pas donné de nouvelles, mais pour ma défense, les dernières semaines ont été bien chargées et j’ai priorité la préparation de mon expédition vélo. Mais tout arrive à point à qui sait attendre, voici le récit de ces 6 dernières semaines transpacifiques des Raddish Cake de Taiwan aux collines de San Francisco, en passant par les cocotiers d’Hawaii.

Un Raddish prêt à être rapé pour le Raddish Cake

Workaway Jiaoxi (6 au 21 mars)
Je reprends donc mon récit mi-mars à Jiaoxi, dans un workaway où j’aide à préparer un futur camping (voir mon dernier article).
Pour le nouvel an chinois, j’ai eu la chance d’être invité à 2 reprises par la famille de Homgoo. Le soir du nouvel an, il y a avait une vingtaine (famille réduite) et le surlendemain la famille élargie (une quarantaine de personnes) avec quizz. J’étais le photographe officiel et j’en ai bien profité.

L’avant-dernier jour, un autre volontaire breton est arrivé et nous sommes allés nous baigner sous la cascade juste à côté. A cette saison, l’eau est un peu froide pour les Taiwanais.

Workaway Sanxing (21 février au 8 mars)
Les 2 semaines de volontariat toujours dans le Nord-est de Taiwan ont été plutôt reposantes.
Cette ferme a été créée il y a 4 ans par un couple d’une trentaine d’années qui travaillaient auparavant dans l’industrie automobile. Lui en tant que responsable d’usine et elle en tant qu’ingénieur. Après avoir investi dans une dizaine de serres arrosées automatiquement, un tracteur, plusieurs véhicules, ils ont monté une coopérative bio qui regroupe 36 producteurs bio de la région de Yilan.

En 4 ans, Shuai a créé une ferme et une coopérative bio

Avec la coopérative, ils ont investi dans une chaine de 6 machines qui permettent de transformer le riz brut, pour le mettre en sachet sous vide. Chaque week-end, ils vont à Taipei à 60 km pour vendre leur production. La coopérative a également des contrats avec des cantines et des restaurants de la région. Depuis 2 ans, ils accueillent en permanence des volontaires étranger souvent entre 2 et 8.
Les 2 premiers jours, j’étais tout seul car c’était juste après les vacances du nouvel an. Sont ensuite arrivés, une allemande de parents Taiwanais, une israélienne et 2 américains (Minnesota et Virginie).

Un hangar avait été aménagé pour héberger les volontaires. Shuai vit avec sa femme et son fils dans un conteneur de 40 pieds aménagé par ses soins. Nous y avons pris quelques repas. C’est assez étroit mais cela avait l’avantage d’être chauffé, à la différence des autres bâtiments.

Après le travail souvent matinal (démarrage parfois à 6h30), j’allais souvent promener un des 2 chiens tout en écoutant des podcasts. Ce qui m’a permis d’explorer le quadrillage de route encerclant les rizières tout autour.

Ceci marque probablement le dernier des 11 workaway de mon voyage. Une fois de retour en France, j’aimerai partir à la rencontre de nouveaux hôtes Workaway, sans pour autant y rester 2 semaines. J’ai vu qu’il y en avait plus de cent hôtes rien qu’en Bretagne.Il y a un programme de parrainage sur le site, si vous prévoyez de vous inscrire, envoyez moi un message afin de vous inscrire avec mon code parrainage.
https://www.workaway.info/invite/X227A276
Cela me permettra d’avoir 3 mois d’adhésion en plus et de pouvoir contacter des hôtes en France.

Hualien, Taiwan (8 au 14 mars)
Du fait des récents tremblements de terre et de la basse saison, la ville n’est pas submergée par les touristes. Je trouve une auberge de jeunesse très sympa presque vide à 230 TWD/nuit soit 6€/nuit. Pour tester ma forme physique, je loue un vélo pour 24 h (enfin un vélo à ma taille) et je me rassure en roulant environ 150 km sur des belles pistes cyclables sans trop de fatigue musculaire. Une crevaison à la roue avant, mais heureusement un cycliste me dépanne avec une chambre à air et le matériel de réparation que je n’avais pas. Ce cycliste, docteur des environs, apprécie beaucoup la France, qu’il a déjà parcouru 2 fois en long et en travers.

À côté du vélo, j fais plusieurs jours de randos à la journée notamment une dans le parc naturel de Taroko, célèbre pour ses magnifiques gorges et chutes d’eau.

Après un passage à un Décathlon de Taipei pour m’équiper d’une tente et de quelques affaires de vélo, je m’envole pour Hawaii, avec un vol partant à 23h50 et arrivant à 14h, le même jour. Oui, oui, départ et arrivée du vol le 14 mars … Effet magique du passage de la ligne de changement de date qui fait des noeuds aux cerveaux et des frayeurs quand on avance sa montre de 6h au lieu de la reculer de 18h (impact sur la date).
Le temps existe-t-il ? (Titre de l’émission La conversation Scientifique du 17 mars sur France culture
http://podplayer.net/#/?id=47912495 ).

Hawaï (14 au 21 mars)

En arrivant à Hawaii, je découvre un peu tardivement que le distributeur à ticket du bus ne rend pas la monnaie sur les billets de 20 dollars, cependant le réseau fonctionne plutôt bien avec un tarif unique sur l’île Oahu, où se trouve Honolulu, la plus grande ville d’Hawaii.
Je passe les 2 premières nuits dans une auberge de jeunesse à 2 pas de la plage de Waikiki, plus gros lieu de tourisme de masse à Hawaii, avec une grosse partie de japonais.

Je rencontre un voyageur français à l’auberge de jeunesse avec qui je pars randonner et tester le surf.

Après plus d’1h30 dans un magasin AT&T, je parviens à ressortir avec un numéro de téléphone américain, ce qui me sera bien utile pour ma traversée américaine. Malheureusement, mon smartphone ne fonctionne pas avec leur carte SIM (alors qu’il a très bien fonctionné avec tous les réseaux d’Asie), il me faut donc prendre un nouveau téléphone bloqué AT&T. De plus, les forfaits avec une bonne couverture nationale sont relativement chers (35 $/mois pour 1 Go, appels-sms illimités).

Pour diminuer mon budget logement sur les 5 nuits suivantes et pour quitter la ville, je réserve un emplacement dans le camping public de Hau’ula sur la côte Nord-est de l’île. C’est l’occasion de tester ma tente achetée à Taiwan. Ce camping entre la route et plage est au trois-quarts vide, et comporte outre ma modeste personne, 2 familles de locaux et quelques sans-abri. Le soleil tape fort le premier jour, c’est plus frais et venteux les jours suivants tout en restant au dessus de 20°C.
Je marche quelques heures pour aller à la bibliothèque locale, je lis et je me baigne.

Le dernier jour, de bon matin, je prends le bus pour l’aéroport, le long de la Kamehameha Highway (comme dans le jeu Whizz : Kamehameha Tête de mort 😉 ).

San Francisco (21 au 26 mars)

Je suis hébergé à San Francisco, par une connaissance de ma famille, dans un appartement un peu au sud du Golden Gate Park.

Un gros objectif de ces 5 jours à San Francisco est de me préparer pour ma traversée des États-Unis à vélo de San Francisco à New York pendant 2 mois et demi. L’association American Cycling Adventure édite des cartes d’itinéraires pour cyclo-touristes qui traverse les États-Unis dans toutes les directions (plus de 30 000 miles d’itinéraires). J’ai donc commandé les 4 cartes de la Western Express qui relie San Francisco à Pueblo, Colorado. La traversée des Rocheuses au mois d’Avril est plutôt ambitieuse, et plus je me renseigne, plus je me prépare à avoir des conditions froides et de la neige sur les bords de la route. Heureusement, la météo de la semaine de mon départ annonce grand ciel bleu. Après le Colorado, je pourrais continuer sur la TransAm qui traverse le Kansas, le Missouri, le Kentucky avant d’arriver en Virginie. Je prévois ensuite de remonter jusqu’à New York début juin. L’itinéraire tracé fait environ 3500 miles jusqu’en Virginie, si je rajoute encore 500 miles jusqu’à New York et 10 % de détour, cela fait 4350 miles, soit 7000 km = 2 Tour de France = 1 aller-retour Brest-Moscou. On verra si je fais le tout, en cas de fatigue ou de contraintes météo, je me réserve tout à fait le droit de prendre le train, le bus ou le pick-up-stop.

Dès le 22 mars au matin, j’ai rdv avec 2 particuliers qui vendent chacun le même type de vélo d’occasion, le Trek 520. D’après ce que j’ai lu sur plusieurs forums et blogs de cyclo-touristes, ce modèle est une valeur sûre et confortable pour les long trajets avec porte-bagages bien chargés. Après avoir testé les 2, j’opte pour le moins cher et le plus à ma taille (grand cadre), 490 $ tout de même, porte-bagages, casque, bidons et porte-bidons inclus (vélo neuf environ 1300 $). Je pourrais probablement le revendre sur vers New York, si je trouve un acheteur à ma taille. J’achète également différents équipements de vélo pour me préparer à rouler et camper dans le froid. Et sans Décathlon et ses prix relativement bon marché, la facture chez REI monte vite (plus de 400 $). Heureusement, j’ai reçu un colis de France, avec un peu de mon matériel vélo et mon sac de couchage confort 1°C, sinon je n’ose pas imaginer ce qu’aurait été la facture.
Je teste donc mon vélo sur les pittoresques collines de San Francisco, parfois extrêmement raides. Je roule jusqu’au milieu du Golden Gate et me rends devant la maison bleue qui a inspiré la chanson San Francisco de Maxime Le Forestier, maison en plein cœur du quartier Castro, celui ou le drapeau arc-en-ciel des homosexuels flotte fièrement.

Qui dit San Francisco dit aussi, Silicon Valley, siège de 3 des 5 GAFAM (Amazon et Microsoft étant basés près de Seattle).
Curieux de voir à quoi peuvent ressembler les bureaux et cadres de vie des milliers de salariés de ces géants du net, je saute sur l’occasion pour me rendre sur place.

Siège de FaceBook

J’embarque mon vélo dans le « Caltrain » sur une quarantaine de km, et roule jusqu’au campus de Facebook, coincé entre la baie et une autoroute, puis jusqu’à Mountain View siège de Google beaucoup plus étalé et bike-friendly. Certes les 2 entreprises proposent chacune des vélos (sans antivol) aux couleurs de leur entreprise à leurs salariés. Ce qui m’a surpris, c’est la proportion importants de salariés d’origine indienne, et également de femmes, dans un secteur d’ordinaire plutôt masculin. Sans faire d’études sociologiques, la moyenne d’âge est bien entendu très basse et je n’ai pas vu de personnes en costume.

Siège de Google

Je n’ai pas le temps de rouler jusqu’à Palo Alto, le siège d’Apple. Mais cela ne me gène pas outre mesure, étant plutôt contre leur politique commerciale de prise en otage (prix élevé + non-compatibilité + obsolescence programmée).

Le dimanche, ce que je n’avais même pas imaginé dans mes rêves se réalise : je suis invité à régater sur un Bermuda 40 devant le Yacht Club d’Oakland sous un soleil magnifique et une légère brise. Parmi les 5 personnes à bord, je tiens le rôle de grinder, c’est à dire celui qui tourne la manivelle de winch pour border (tendre) correctement la voile d’avant.

Californie de San Francisco à Kirkwood (26 au 31 mars)

Le lundi 26 février, c’est le grand départ ! Après avoir empaqueté mes différentes affaires, je laisse derrière moi mon grand sac à dos (10 ans de bons et loyaux services), mon sac de couchage léger, quelques habits, pour qu’ils puissent servir aux personnes dans le besoin à San Francisco. Malgré tout, mon vélo a un beau poids sur l’arrière que j’arrive après plusieurs essais à faire tenir sur l’arrière. Je longe le port touristique de San Francisco jusqu’à l’embarcadère. Pas de ferry le midi, j’attends donc 3h avant de quitter San Francisco par la mer pour Vallejo au nord de la baie.

Pas très en avance, je pédale sur de belles pistes cyclables pour avancer un peu avant la nuit. A Fairfield, 1h avant le coucher de soleil, je commence à chercher un lieu où poser ma tente. Et là, devinez le nom de la première rue que je trouve : Breton Street. J’y croise une personne âgée, apparemment française, mais assez malentendante qui promène son chien mais personne pour m’héberger. J’essaie d’autres rues, un temple (fermé), la mairie (fermée) et finalement, je vais demander à la police oú je peux camper. Nulle part dans la ville, mais ils me disent d’aller à l’extérieur de la ville, ce n’est pas leur juridiction. Je ne suis pas bien sûr si cela veut dire que c’est vraiment légal à l’extérieur ou que simplement la-bas ce n’est pas leur problème. Mais bon comme la nuit tombe, je roule 2 km pour sortir de la ville et pose ma tente dans une sorte de large fossé un peu humide mais un peu caché le long d’une route presque déserte. Seuls quelques bruits pas très catholiques viendront rompre le silence au milieu de la nuit.

Mon camping de Fairfield

Le lendemain, c’est une journée de vélo plutôt plate qui démarre pour aller jusqu’à la banlieue Ouest de Sacramento. Plus de 8h sur le vélo à travers les vignes californiennes et en toile de font les rocheuses enneigées qui apparaissent.

Ce soir-là, je dors chez un hôte taïwanais. En attendant à l’aéroport de Taipei, j’ai commencé à discuter par hasard avec quelqu’un qui habitait à Sacramento. Ce quelqu’un n’était pas disponible pour m’héberger mais m’a recommandé à son ami Yang qui m’accueille pour la nuit dans une ambiance bouddhisme-perruches.

Pour ce troisième jour de vélo, je décide de couper un peu l’itinéraire conseillé par ma carte. Erreur, je me retrouve sur une pente si raide que je dois pousser mon vélo pendant plus d’un quart d’heure pour passer la colline. Au fur et à mesure de l’après midi, le terrain devient de plus en plus valloné entre les vertes prairies sur lesquelles broutent des vaches. Le soir, je suis accueilli chez Kathy et Joshua, hôtes Warmshower (réseau de cyclo-touristes qui hébergent d’autres cyclo-touristes en voyage pour leur fournir au minimum une douche chaude, d’où le nom Warm Shower).

Pour la suite, je décide de couper en 2 jours l’ascension de Sutter Creek à Kirkwood, une station de ski à 2300 m d’altitude. C’est donc 2 journées plus courtes (4-5 h de vélo) mais presque toujours en montée que j’effectue.
À partir de 1200 m, je commence à voir un peu de neige dans les fossés mais il fait toujours grand soleil et relativement doux. C’est également le territoire des fourmis, impossible de s’arrêter pour pique-niquer sans se faire infester, Bernard Werber nous disait bien de se méfier.

Je campe sur la terrasse du restaurant de Cooks Station, puis loge chez Daniel, un hôte Warmshower à Kirkwood, une station de ski. Daniel a également traversé les US d’Ouest en Est à vélo tout seul. À Kirkwood, il y a facilement 1 mètre de neige mais les routes sont bien dégagées et le soleil est bien présent.

Demain, je passerais dans l’état du Nevada après une belle descente de 40 km. Voilà pour les nouvelles, je vais essayer d’augmenter un peu la fréquence d’envoi de mes messages, sinon vous n’aurez plus qu’un message avant mon retour en France le 12 juin. Je vais aussi essayer d’actualiser les pages suivantes de mon site : la carte et un glossaire (nouveauté).
Bons poissons d’avril !

Philippines : les tribus de Kalinga

Hello everyone,
J’espère que vous allez bien. Prêts pour une plongée dans une zone des plus reculée des Philippines ? C’est parti pour Kalinga, où la loi tribale règne en maître ! Après cette authentique aventure, vous émergerez de cet article face à de redoutables singes à Taïwan. Eh non, je n’ai pas fait de plongée 😉

4 au 6 janvier : Xiamen, Chine
Reprenons à Xiamen dans le sud est de la Chine, ville depuis laquelle j’ai posté mon dernier article.
Le 6 au matin, depuis le bus pour l’aéroport, j’observe des africains courir le long de la plage. Cette scène relativement inhabituelle en Chine s’explique par le marathon du lendemain. À l’aéroport, les contrôles ne laissent rien au hasard. Les autorités insistent pour que ma très utile batterie portable soit dans mon bagage cabine et pour qu’un minuscule briquet vide caché au fond de mon sac soit jeté.
Dans l’avion, le repas fourni par Philippines Airlines est tout à fait correct et pour la première fois depuis fin août, je mange sans baguettes. En effet, depuis fin août, j’ai voyagé uniquement en Chine, en Corée du Sud et au Japon.

6 au 10 janvier : Manille, Philippines
En arrivant à l’aéroport de Manille, je choisis l’option « cheap »: le jeepney. Mais qu’est-ce qu’un jeepney me direz-vous. Le jeepney est à l’origine une jeep militaire laissée par les Américains en 1945 et réaménagée pour servir de minibus. Tout une décoration colorée incluant le nom de la ligne orne la carrosserie du véhicule. Il n’y a pas nécessairement d’horaires, le jeepney part quand il est plein. Pour demander à descendre, il suffit de toquer 2 fois sur la carrosserie.

Je cherche donc un bus/jeepney allant au Robinson, un grand centre commercial près de l’auberge de jeunesse que j’ai repéré. Après 1h de route dans les embouteillages, je remarque avec les panneaux, que je ne vais pas dans la bonne direction. En effet, le bus se rend au Robinson de Quezon City et non à celui de Manila. Je descends donc et prends 3 jeepneys successifs pour arriver presque par surprise à une charmante auberge de jeunesse au modeste nom : « Humble hut hostel » dans le quartier Ermita pour ceux qui connaissent.

Je reste 4 nuits à cet hostel pour m’acclimater, profiter d’un wifi correct et découvrir la ville en compagnie d’autres backpackers de passage. Le lendemain de mon arrivée, le bar jouxtant l’hostel est la scène d’une fusillade retentissantes. « Scène » est ici à prendre au sens propre puisque que c’est un film qui est tourné pendant tout une journée avec les coup de feux et les cris qui vont avec. Bienvenue à Manilla ! Petite parenthèse pour dire que les habitants sont en grande majorité d’accord avec la violente politique anti-drogue du président philippin actuel, politique largement décriée dans le monde occidental.

Grâce à un contact du réseau SGDF (Scouts et Guides De France), je passe une après-midi au siège des Boy Scouts of Philippines. Les Philippines comptent plus de 2 millions de scouts et guides, soit plus de 10 fois plus qu’en France (pour une population de 106 millions d’habitants).

Le commissaire général des boys scouts des Philippines en compagnie de ma modeste personne

Je découvre aussi le Rizal Park, la bibliothèque nationale ainsi que la vieille ville « Intramuros » aux contrastes étonnants.

Roméo et Juliette, un car et un dragon dans le quartier Intramuros à Manille

Le mardi 9 janvier se tient à Manille la fête « Black Nazarene » qui rassemble environ 19 millions de pèlerins chaque année. À l’origine de cette fête, une statue de Jésus en route pour sa crucifixion, taillée dans un bois noir au Mexique au 17e siècle et transportée par la suite aux Philippines. Beaucoup de pèlerins lui attribuent des vertus curatives, pour cela ils lancent leur serviette aux personnes autour des chars portant des reproductions de la statue, ces personnes frottent les serviettes aux statues et les renvoient à leur propriétaire.

Le mercredi 10 janvier au soir, je prends un bus de nuit pour le nord de l’île Luzon (l’île principale des Philippines, sur laquelle se trouve Manille).
Je pars rejoindre un projet de volontariat trouvé via le site Workaway. Ce workaway a la particularité d’être itinérant, en effet il permet à un groupe de 4 à 8 volontaires d’intervenir dans des écoles isolées de la région autour de Kalinga tout en étant hébergé et nourris dans le village. Il n’y a pas d’organisme derrière ce projet, c’est l’initiative d’un spano-philippin habitant à New York souhaitant aider ces villages directement. Gabriel s’est créé un bon réseau de contacts locaux, implique des volontaires depuis septembre 2017 et est sensé terminer ce projet en avril.

Vous pouvez consulter le site du projet, pour lequel j’ai contribué: kalingaprojectphilippines.wordpress.com
Je vais donc passer 3 semaines en tout dans 3 villages différents: San Francisco, Tipunan et Dananao.

Le lien ci-dessous vous permettra de voir la localisation des différents villages dont je parle.

https://drive.google.com/open?id=1SlMYouyEEgdoUa0ZuIYNZUsrvydPErwD&usp=sharing

San Francisco et San Pedro, Kalinga: 11 au 17 janvier

Dans le car de nuit, la climatisation est à fond et il doit faire moins de 15°C contre 25°C à l’extérieur. À 3h30, je réussis à récupérer mon pantalon en soute et peut ainsi commencer ma nuit. Le car me dépose à Tabuk, la préfecture de Kalinga, je prends ensuite un jeepney pour Rizal (beaucoup de villes aux Philippines portent le nom de ce héros de l’indépendance … Rizal). De là, Sir Elmar, le directeur de l’école primaire de San Francisco, vient me chercher en 4×4. Ici, tout le monde s’appelle Sir ou Mam, c’est pourquoi j’utiliserai ces conventions.

Le directeur de l’école San Francisco, Sir Elmar et sa femme, enseignante

Lorsque j’arrive à l’école, il est 10h c’est l’heure du « morning snack ». Les philippins mangent 5 repas par jour en ne négligeant pas le snack du matin et celui de l’après midi. Je fais la rencontre des 5 autres volontaires.

Les 5 volontaires de gauche à droite : moi, Shanin (Israël), Kate (Pologne), Sara (Catalogne), Vit (République Tchèque)

Notre présence perturbe un peu le rythme de l’école, que nous peinons à comprendre. En effet, certains professeurs cuisinent pour nous préparer à manger des snacks et ils ne vont donc pas dans leur classe à ce moment.

Les enfants sont tout excités, et je m’étonne de la facilité avec laquelle j’arrive à former un cercle de 60 enfants pour leur apprendre louloulalou, les pouces en avant ou encore un danse sud-américaine apprise en Chine.

L’après-midi, je joue au basket avec des élèves de l’école secondaire (qui malheureusement sèchent l’école, apparemment car ils ne peuvent pas payer certaines activités appelées « miscellaneous »). Malgré la taille modeste des Philippins, le basket est le sport collectif national et on trouve un terrain dans chaque école, ce qui permet aux jeunes d’avoir un bon niveau et une bonne adresse au tir.
J’organise aussi une introduction au football, mais la plupart n’ont jamais tapé dans un ballon.

Pendant cette semaine, nous logeons chez le directeur de l’école qui a sa maison au fond du terrain de l’école. Nous dormons sur le sol en béton recouvert par quelques couvertures et mon sac de couchage m’est utile pour la fraîcheur de la fin de la nuit.

Avant chaque repas, et ce sera le cas pendant les 3 semaines, un de nous dit les grâces dans sa langue maternelle (les grâces sont une courte prière improvisé pour bénir le repas et remercier Dieu).

Je suis un peu mal à l’aise avec la place qui nous est donnée en tant qu’invité occidental :

  • La famille qui nous accueille mange systématiquement après nous malgré nos invitations répétées à manger ensemble.
  • Les enseignants nous laissent une totale liberté pour animer les activités dans les classes.
  • Je ressent une certaine timidité des enfants de s’exprimer de manière individuelle et des professeurs de nous donner des critiques constructives.

L’école élémentaire de San Francisco comporte une classe Kindergarten (équivalent grande section de maternelle) et 6 niveaux : de Grade 1 (CP) à Grade 6 (6e). Certains professeurs sont en formation, et les élèves sont regroupés cette semaine en 4 classes. Je passe une heure dans chaque classe avec Vit, un volontaire tchèque. Nous parlons du cycle de l’eau avec les plus grands et de nos cultures respectives avec les plus jeunes. De manière exceptionnelle, les élèves viennent le samedi matin, pour assister à nos activités.

Le dimanche, j’accompagne Sir Elmar à une célébration évangéliste de 3h30 avec sermon de 2h30. Nous sommes uniquement une vingtaine dans la salle et la célébration est diffusée sur des écrans de TV depuis Los Angeles. Sans généralisation, je remarque avec surprise que Sir Elmar, le directeur de l’école adhère aux thèses créationnistes défendu par le fondateur de ce mouvement protestant « Aquilino, appointed by God ».

Le dimanche en fin d’après-midi, nous participons à une grande réunion avec les villageois et leurs représentants : les « Barangay officials ». Les Barangay sont les plus petites circonscriptions aux Philippines (700 à 1000 personnes). Ils élisent une dizaine de représentants tous les 3 mois. À Manille, presque chaque rue constitue un Barangay avec sa petite cahute sur le trottoir et la liste de ses élus peinte sur le mur. Ce système me rappelle qu’en France, nous avons en général aucun contact direct avec nos élus locaux, en particulier en milieu urbain.
La discussion porte autour des besoins de la communauté et de 3 actions proposées pour améliorer les moyens de subsistance et les conditions de vie du village:
– l’achat d’une machine permettant de conditionner une partie de la production agricole du village (riz, maïs, canne à sucre …)
– ‎l’installation de panneaux photovoltaïques sur des habitations non électrifiées
– ‎la mise en place d’un « feeding program » sur 3 mois, via une ONG américaine qui fournit des repas pour combattre la malnutrition. (Il est pour ma part difficile d’estimer si certains enfants sont malnourris).
Nous terminons ces échanges (en grande partie en Tagalog), par la danse de Kalinga (j’en reparlerai).

En quittant San Francisco, je ne résiste pas à l’envie de fredonner la mélodie d’une maison bleue adossée à la colline …

Le lundi et le mardi, nous visitons San Pedro, le village voisin. Comme c’est la première visite de l’école, le séjour est court, mais permet de constater les difficultés de discipline dans cette école.

Tipunan High School, Bauko, Mountain Province : 17 au 24 janvier

Le mercredi, avec Vit et Sara, les 2 volontaires restants, nous traversons toute la région jusqu’au village de Tipunan où nous arrivons à la nuit tombée. Le chauffeur du minibus ne connaissait pas le lieu de notre arrêt, mais heureusement notre hôte nous récupéra en moto un peu plus loin.

Cette fois-ci, c’est une école secondaire qui va de la Grade 7 (5e) à la Grade 11 (1ere). Avant les High School s’arrêtaient à la Grade 10, mais la réforme du programme a rajouté grade 11 et grade 12 (qu’ils auront l’année scolaire prochaine). L’année scolaire démarre en juin après 2 mois de vacances en avril et mai.

Pendant les 4 jours d’école, j’interviens sur des leçons sur les formes d’énergie, sur le mouvement des projectiles et sur la classification des espèces. J’essaie d’apporter un regard différent sur les sujets de science, étudiés à ce moment, mais je ne prétends pas être un veritable professeur. Le samedi, j’introduis aux professeurs le sujet de la consommation d’énergie. J’espère qu’il mettront en place des relevés sur leurs compteur électrique pour mieux qualifier et quantifier cette consommation. Je fabrique aussi une boîte pour qu’ils puissent trier les piles et les batteries usagées et qu’elles ne finissent pas brulées ou enfouies dans la nature environnante. Peut être un vœux pieux.
Les autres volontaires : japonais, italiens, espagnols, tchèque et philippins animent des ateliers sur la chimie, le journalisme, l’informatique ou encore la dance avec invariablement le tube « Despacito ».

Le dimanche, nous grimpons sur la colline surplombant le village où se trouve quelques cercueils en bois dans une grotte creusée dans la falaise.

Pendant toute cette semaine, nous sommes accueillis par le proviseur Mark et sa femme Jona qui travaille dans une ferme de légumes bio du village. Le bio est encore minoritaire dans le village mais cette pratique se développe malgré la publicité omniprésente des marques de pesticides, herbicides et engrais chimiques …

Dananao, Kalinga, 24 au 28 janvier
Le mercredi, départ 5h pour rejoindre Bontoc, puis Tinglayan, avant d’attaquer les 3 h de marche. À Tinglayan, nous sommes rejoins par un couple d’étudiants français : Prisca et Tiago. Un couple d’Américains doit également nous rejoindre mais la pente est trop raide pour leur condition physique. Pour accéder au village, il n’y qu’un chemin et pas de route carrossable ; les 2 premiers tiers sont praticables en moto mais pas le dernier tiers qui comporte des marches et un pont suspendu. Ainsi, tout est monté à dos d’hommes et de femmes, y compris les matériaux de construction pour les habitations des 700 habitants qui composent ce village.

Arrivé au village, les garçons et moi dormont chez Fausto, qui travaille à l’infirmerie tandis que les filles dorment chez Pablo, un ex-enseignant qui prépare une thèse en management pour devenir inspecteur des écoles.

L’école élémentaire compte environ 70 élèves, mais l’absentéisme est relativement important en particulier pour les enfants de 10 à 12 ans qui doivent aider leur famille dans les champs ou à la maison pour garder leur petits frères et sœurs. Alors que Lee (un volontaire) fait une leçon d’anglais, les trois quarts des élèves quittent progressivement la classe sans rien dire une heure avant la fin de la journée. Apparemment, ce jour là, les parents recevaient une subvention du gouvernement, ce qui leur a permis d’acheter des sucreries et donc les enfants rentrent plutôt sans autorisation particulière de leurs enseignants passifs et résignés. C’est plutôt perturbant d’enseigner dans ces conditions.

Pour ma part, j’anime des jeux sur le thème de la géographie, de l’orientation (nord sud est ouest) et une nouvelle fois sur le cycle de l’eau.

Du fait de son isolement, le village de Dananao a conservé des traditions relativement fortes. Chaque soir, notre hôte Espiritu nous éclaire sur la loi de Kalinga, qui régit les conflits entre les tribus voisines, les traditions familiales et les manières de s’entraider dans la communauté. Une guerre tribale a encore lieu dans la région de Kalinga, et il est nécessaire de rester prudent.
Je transcris avec soin cette précieuse connaissance et je pourrais vous la partager si vous le souhaitez une fois relue et approuvée par un représentant de ce village.

Le samedi, le village se rassemble pour un questions/réponses sur le projet. J’ai le sentiment qu’il y a eu des promesses non tenues dans le passé et que les villageois sont méfiants, mais aussi exigeant sur certaines demandes. Un sujet discuté est la construction d’une école secondaire, pour permettre à plus d’élèves de poursuivre leur scolarité, mais avec seulement une dizaine d’élèves par niveau, j’ai du mal à voir la faisabilité d’un tel projet.
Après cette discussion, tout le monde partage un repas, puis effectue la dance de Kalinga au son des bambous frappés sur le sol. Cette dance implique un homme immitant un coq et une femme immitant une poule, se tournant autour avant de se serrer la main et de transmettre leur tissu à d’autres personnes.

Le dimanche, nous quittons le village, car il nous est interdit de partir le jour suivant en raison de la plantation du riz qui commence. Après 2 trajets en bus, nous rejoignons la maison de Jaynice, une volontaire philippine qui habite à Sagada.
Sagada est un lieu touristique de la région du fait de ses grottes, dans lesquelles on trouve parfois des cercueils accrochés.

Après 2 nuits à Sagada, nous passons 3 nuits à Bontoc chez un sympathique philippin. Jessie travaille aux États-Unis mais rentre dans son village chaque hiver. Il s’improvisa guide à l’âge de 12 ans et grâce à ce métier, rencontra quelqu’un qui lui finança des études aux Etats-Unis avant de se marier à une américaine et de fonder une entreprise de terrassement à Pittsburgh. Nostalgique de son adolescence de guide, Jessie nous emmène nous balader dans les magnifiques rizières en terrasse.

Le dernier matin, je participe à la chaîne des seaux de bétons pour couler la dalle du 3e étage d’un bâtiment que Jessie fait construire juste à côté avec l’aide des gens de son village. Ce jour là, une quarantaine de volontaires sont là pour la construction et pour le copieux repas que Jessie leur fournit.

Urbiztondo et Manille, 2 au 4 février

Sur la route retour vers Manille, je m’arrête 24 h au spot de surf d’Urbiztondo, pour me baigner au moins une fois au Philippines. Du fait du vent, les vagues ne sont pas terribles pour les surfeurs, mais du coup sans surfeurs, la baignade est moins dangereuse. Je ne me rappelle pas m’être baigné dans une eau de mer aussi chaude et c’est étrange de pouvoir rester longtemps dans l’eau sans éprouver la moindre sensation de froid.

Je rentre vers Manille avec un autre bus de nuit réfrigéré, avant de faire un peu de shopping sur un marché et de prendre l’avion le dimanche soir. J’en profite également pour laisser aux Philippines les poils de ma barbe de 200 jours.

Taipei, Taiwan: 5 au 6 février
J’atterris à Taipei vers 1h30 du matin et termine ma nuit allongé sur les sièges de l’aéroport. Ce jour-là, il pleut sans discontinuer et c’est apparemment le cas depuis 6 jours. Taiwan a rarement des températures aussi basses, et il neige dans les montagnes.
Après un premier essai dans la bibliothèque du mémorial Sun Yat Sen, qui ne détient aucun livre en anglais, je passe l’après-midi dans la bibliothèque de Songshan, près de mon hostel, qui elle en possède.
Le nouvel an chinois est dans 10 jours, et tout le monde se prépare pour cet événement en se rendant aux marchés de nuits (équivalent des marchés de Noël) qui proposent des nourritures variées : grillades, poulpes, friture, soupes

Jiaoxi, Taiwan : workaway « Homgoo Village » 6 au 20 février (en cours)

Jiaoxi se situe à une quarantaine de km au sud-est de Taipei sur la côte Nord-est, ce qui en fait un bon spot de surf quand les températures sont plus clémentes. Depuis l’ouverture d’un tunnel à travers les montagnes, Jiaoxi n’est plus qu’à 45 min de Taipei par la route contre plus de 2h par la voie ferrée contournant les montagnes. Je prends donc un car avec un système qui ressemble au Japon ou à la Corée du Sud.
Je vais passer 2 semaines dans un workaway hébergé par Homgoo, un taïwanais de 32 ans qui souhaite créer un espace de collaboration entre personnes âgées, adolescents et volontaires étrangers. Avec Alicia, une allemande arrivée 2 jours avant moi, nous sommes les 2 premiers volontaires que Homgoo accueille. C’est donc très intéressant de voir le début d’un projet et les nombreuses idées encore un peu fouilli se mettre en place. Cela change de la routine de certains workaway qui accueille des volontaires depuis un certain temps.

Comme travail, nous participons aux séances de « yoga » animées par Homgoo dans des centres communautaires pour personnes âgées. Nous faisons pas mal de nettoyage de l’endroit où nous logeons (inoccupé auparavant), mais aussi préparons un terrain pour un futur petit camping et rangeons un hangar.

La météo d’améliore progressivement, et j’espère que la douceur chassera progressivement l’humidité des lieux. En effet, pas de système de chauffage à Taiwan du fait d’un climat normalement très doux. L’autre actualité « naturelle » est la forte activité sismique à Hualien à 80 km au sud. Mercredi 7 février, un tremblement de terre a détruit un immeuble et fait plusieurs victimes. Des petites secousses se font apparemment sentir chaque nuit jusqu’ici mais
personnellement, je ne sens rien. Aucune raison de vous inquiéter.

Dernière anecdote, en randonnant dans la montagne hier, une horde de singes nous à barré le chemin en montrant des dents. Nous avons donc fait demi-tour sans pouvoir accéder au point de vue un peu plus haut. Un territoire bien gardé 😉

Voilà pour les nouvelles jusqu’à maintenant, comme l’indique ma carte prévisionnelle de voyage, je reste à Taiwan jusqu’au 14 mars, avant de passer 1 semaine à Hawaï et 12 semaines en vélo de SF à NY. Je pense bien à tous les français, d’abord sous la pluie et les inondations et maintenant sous la neige.

Zaijian !

Fêtes dans le sud-est de la Chine

Bonjour à tous, meilleurs vœux, plein de bonheur, tout ça, tout ça. J’espère que vous avez bien apprécié les fêtes de fin d’année. Pour moi, c’était pas commun de passer ces fêtes en Chine. Dans les lignes qui suivent, vous pourrez lire comment j’ai vécu ces fêtes dans un centre éco-éducatif puis dans un monastère bouddhiste, et ceci du 12 décembre jusqu’à aujourd’hui, 5 janvier 2018. 

Bonne lecture !

Centre du parti communiste à Shenzhen

J’avais traversé le nord de la Chine au mois de septembre de Urumqi (nord-ouest) à Weihai (nord-est). Ce mois-ci, je souhaite découvrir le sud-est : la région de Canton et de Fujian (Fujian se situe entre Canton et Shanghai). Les mégalopoles ne m’attirent pas spécialement et donc je ne remonterai pas plus au nord jusqu’à Shanghai. En fait, je vise une région plutôt douce en hiver même s’il fait un peu plus froid que ce que j’attendais.

12 au 14 décembre : Canton, Zhongshan

Pour reprendre le fil de mes aventures, rendez vous à Shenzhen où je vous avais laissé début décembre.

D’abord, petite parenthèse pratique sur les rdv. En septembre, j’avais réussi après moultes essais à obtenir une carte sim chinoise. Cette fois-ci, je décide de me débrouiller sans. Du coup, cela rend les rdv un peu plus incertains. En général, j’ai le numéro de la personne que je dois rencontrer ou son adresse. Ensuite, je demande à des chinois d’utiliser leur téléphone pour appeler rapidement. Cela les fait bien rire d’entendre un étranger baragouiner du chinois, mais il y a généralement dans le groupe un chinois bien disposé à m’aider. Et à chaque fois, hop, un contact WeChat en plus (WeChat est le réseau social chinois).

Je commence à être un peu rodé avec le système de trains et de bus locaux, ce qui me permet de me déplacer de manière abordable et d’éviter les taxis. J’ai ma petite routine en Chinois pour les chauffeurs de taxis un peu lourd à la sortie des gares. « Je veux le bus. Compris ? Tu comprends le chinois ? – wo yao gonggongqiche. Mingbai ma ? Ni mingbai zhongwen ma ? » Après ça normalement, ils se calment et me laissent tranquille.

De cette manière, je me rends à l’usine de l’entreprise dans laquelle je travaille en France. Elle est située dans une zone industrielle au sud de Canton. Toute la région de Canton est très dynamique, on y trouve énormément d’usines d’électroménager, d’électronique et de biens manufacturés. Très bon accueil de mes collègues qui me font visiter le site et qui me donnent quelques nouvelles. 

Employés d’un restaurant écoutant le briefing du chef avant le début de la soirée

14 au 27 décembre : centre éco-éducatif à Huizhou

Le lendemain, je prends le train pour Huizhou, à 50 km au nord-est de Shenzhen. Dans la campagne autour de cette ville, se trouve une ferme biologique de 40 ha dans laquelle je vais passer 2 semaines. Pour être plus précis, je vais dans un centre d’activités pour reconnecter des familles urbaines à la nature. Chaque WE ou pendant les vacances, plusieurs familles viennent, font des activités manuelles en lien avec la nature encadrées par 3 animatrices chinoises : sculpture de bois, bricolage, ramassage de légumes, labours, égrainage de riz.

Je passe les 2 semaines en même temps que 3 autres volontaires : un couple de belges francophones Laura et Alexis ainsi que Jana, une irlandaise francophone car ayant travaillé en Suisse.

Le centre a été créé il y a 2 ans par Wenhe, 31 ans qui a étudié au Royaume-Uni et fait beaucoup de woofing avant de démarrer son projet. Il vit au centre avec sa femme Yaya, leur fille de 1 mois, leurs 2 mères. Il y a également une autiste de 15 ans, Cixi, comme l’impératrice ; et aussi la mère d’une des animatrices qui est de passage 15 jours. En gros, quand tout le monde est là, on est 14. Et c’est légèrement serré lors des repas autour de la table ronde (tout le monde n’est pas là sur la photo ci-dessous).

De gauche à droite : Jana, Alexis, Laura, Chilcho, la mère de Chilcho, Cixi, Yijing, Cora, Apo et Wenhe

Nous prenons le petit-déjeuner à 8 h avec souvent du porridge (restes de riz de la veille réchauffé avec de l’eau) et des légumes cuits. Ensuite nous avons une petite danse du réveil et un petit jeu pour démarrer la journée ( l’occasion de leur apprendre « les pouces en avant » , « louloulalou » , « brousse » ). Ensuite, nous travaillons de 9 à 12 h et de 15 à 18 h, en terminant à chaque fois par les repas. Nous avons 2 jours de repos par semaine, l’occasion de découvrir un haut lieu touristique « rouge », c’est-à-dire patriotique communiste, en l’occurrence un musée dédié au général communiste Ye Ting, de la première moitié du XXe siècle.

Nous faisons aussi une randonnée à travers la forêt des collines alentours (en dehors des chemins). J’aide tous les 3 jours à la préparation des repas en faisant notamment du pain pour le petit déjeuner.

Pour ce qui est du travail, le mien consiste principalement à construire des « éco-toilettes ». Ceci est le nom que Wenhe (le chef) leur donne, mais après avoir discuté un peu de toilettes sèches, ce qu’il souhaite vraiment, ce sont des toilettes avec des citernes en béton sous le bâtiments puis un système d’arrosage vers des bananiers à une centaine de mètres. Pour construire quelque chose de durable sur une pente raide qui survivra à plusieurs saisons des pluies et typhons, nous terrassons, creusons des tranchés, coulons une base de béton avant d’insérer une structure métallique d’échafaudage. Juste avant mon départ, la construction des murs en brique des citernes est en cours.

J’en viens maintenant à un sujet qui vous intéresse peut-être : comment j’ai passé Noël. Le WE précédant Noël, le thème pour les 5 familles présentes (souvent 1 enfant et sa mère)  était … Noël. Nous avons donc décoré le centre et fait des petits gâteaux de Noël, crumbles, gâteau au chocolat, poulet farci, brioche … Bref, nous avons très bien mangé comme pendant le reste du séjour par ailleurs. 

J’ai aussi « organisé » une activité de land-art avec les familles, je mets des guillemets car il n’y a pas grand chose à organiser : aller dans la forêt ramasser des matériaux puis construire des œuvres d’art avec ces matériaux naturels si possible en 3D.

Construction d’une voiture en land-art

 27 décembre au 3 janvier 2018 : Temple Shaolin de Putian

Le 27 décembre marque le jour médian de mon périple. En effet, j’ai réservé un vol pour atterir en France le mardi 12 juin 2018. Que d’aventures à vivre encore !

Après un bon dernier petit-déjeuner, je prends le train pour Putian dans la province de Fujian à 500 km / 4h au nord. Putian est célèbre pour être une des villes qui fabriquent le plus de chaussures.

En arrivant à la gare de Putian, je me fait arrêter qui me répète en Chinois « Shouji » ce qui signifie téléphone portable, sans que je comprenne ce qu’ils veulent. Je commence par leur dire que je n’ai pas de portable chinois. Le problème c’est que j’ai besoin de mon portable pour savoir où aller. Alors je le sors et là ils veulent le prendre, je les accompagne jusqu’au poste de sécurité. Ils branchent le portable 15 secondes puis me le rendent. Peuvent-ils détecter la présence de VPN (illégal) en si peu de temps, je ne sais pas. En tout cas pas de risque pour moi de ce côté car je n’en ai pas mais ce petit épisode est quand même légèrement déstabilisant.

Je rejoins ensuite en bus le point de rdv avec mon contact workaway du temple Shaolin. La-bas, personne, j’essaie de l’appeler avec le portable d’un chinois dans la rue, de lui envoyer un message. Finalement, après 45 min d’attente, alors que la nuit commence à tomber, je décide de démarrer l’ascension vers le temple situé en haut de la montagne (6 km vol d’oiseau, 15 km par la route). Heureusement, une moto m’embarque pour les 5 premiers km. Je marche ensuite une petite heure jusqu’à qu’une voiture s’arrête avec à l’intérieur, Yang, mon contact du temple, qui m’emmène jusqu’au monastère. Il m’avait simplement « oublié ». 

Partie supérieure du monastère : au fond, le hall principal pour les celebrations religieuses, le dessus de la tente orange du réfectoire, à droite les cuisines.

Le monastère bouddhiste s’appelle Nan Shaolin ce qui veut dire Shaolin du sud. Sont présents environ 15 moines, 150 élèves garçons de 7 à 17 ans, une vingtaine de volontaires chinois et 6 volontaires étrangers. Les élèves apprennent les arts martiaux du type kung-fu principalement pour effectuer d’impressionants spectacles, comme celui que nous voyons le 31 au soir. 

L’origine des volontaires étrangers est assez variée, il y a une suisse, un couple tchèque, un toulousain et un israélien. Sauf exception, nous travaillons chaque jour de 7h15 à 9h30 et de 14h30 à 16h, sans que ces horaires soient très définis. 

Nous travaillons principalement dans la ferme du monastère à couper des arbres, transporter du bois, récolter des légumes. La cuisine est faite par d’autres volontaires (chinois). 

Nous mangeons tous ensemble (à 200 environ) sous une grande tente car la moitié du monastère est en rénovation. Les repas ont lieu à 6h30, 11h et 17h. Ils suivent des règles précises : prière au début, interdit de parler, manière de faire le service … La nourriture est vegan, simple, en quantité suffisante mais parfois difficilement supportable pour les faibles systèmes digestifs occidentaux …

Pour la soirée du 31, nous avons droit à un spectacle de l’école Shaolin à 18h30, avec beaucoup de chants pas toujours justes. Puis à 20h30, c’est la prière spéciale dans le grand temple où nous recevons une écharpe rouge et où nous frappons 1 par 1 dans un grand gong qui sert uniquement pour les grandes occasions.

Nous faisons ensuite un petit karaoké / chants guitare / sucreries avec des étudiants chinois. Mais même avec tout ce programme, nous allons quand même dormir vers 23h30 et c’est donc en dormant que je passe ce nouvel an local. Pour le nouvel an à l’heure française métropolitaine, je suis en train de petit-déjeuner.

Personnes dont je connais le nom de gauche à droite : Yang, Fabien, Yohe, Naomi, moi

Ce que je retiens en premier de ces 9 jours, c’est l’immersion dans le monde bouddhiste. J’y ai découvert les rituels, les tenues, les prières le matin à 5h10 et le soir à 18h (non obligatoires pour les bénévoles). Les temps de prières sont composées de sutras, textes chinois chantés, ponctués de saluts et de prosternations de temps en temps, ce qui oblige à rester un peu concentré. Cette musique bouddhiste est diffusée presque en permanence dans beaucoup de lieux du temple : du réfectoire jusqu’aux champs où les hauts-parleurs en forme de fleur de lotus sont alimentés par un petit panneau solaire. Nous sommes aussi initiés à la méditation et à quelques enchaînements de kung-fu bien que je n’ai eu qu’une séance de chaque pendant mon séjour. Un des objectifs du temple est de diffuser la culture des arts martiaux et d’organiser des stages de méditation / kung-fu pour des occidentaux. Mais le projet n’en est qu’à ses balbutiements.

Entrée principale du monastère

Le 4 janvier, je reprends une heure de bus et une heure de train pour rejoindre la ville de Xiamen d’où part mon avion pour les Philippines le 6 janvier. Là-bas, de nouvelles aventures m’attendent, je ne sais pas encore quel connectivité j’aurais, mais je serais de l’autre côté du pare-feu chinois.

Meilleurs vœux à tous !